Quiconque lit ou regarde une rétrospective de l'année écoulée est confronté à une succession d'événements dramatiques : violence et attentats-suicides, l'effondrement de Fortis et de Lehman Brothers ou encore l'ingérence du politique dans le judiciaire. La confiance des chefs d'entreprise est à son niveau le plus bas depuis 25 ans. La confiance des consommateurs suit le même mouvement et atteint des abysses sans précédent sur l'indice de la BNB. Les investissements étrangers en Belgique avaient chuté de 32 % en 2007 et les chiffres provisoires pour 2008 ne se présentent pas mieux. En Belgique, la Bourse a perdu 44 % et au niveau mondial, le montant qui s'est envolé en fumée équivaut à six mois du Produit mondial brut (PMB).
Nous traversons une triple crise : financière, politique et crise de prospérité. En réalité, elles ne sont que trois facettes différentes d'un même problème : la crise des valeurs. La crise financière n'est rien d'autre que le résultat d'un jeu mondial ayant résisté aussi longtemps que tout le monde était disposé à prendre des vessies pour des lanternes. Prêter de l'argent à des personnes insolvables est contraire à l'éthique et intenable. Pour échapper aux règles de solvabilité imposées dans le cadre des accords de Bâle, on a utilisé des techniques sophistiquées comme la «titrisation» (on place tout dans un pool et on y accole un label de solvabilité) pour mettre des crédits «hors bilan». Cela ne permet cependant pas d'éviter à terme que les évidences de base refassent surface. Alors, le château de cartes s'écroule. La plupart des membres (bien rémunérés) des conseils d'administration des institutions financières ont laissé faire. Aujourd'hui, personne ne peut affirmer qu'on ne risque pas de voir beaucoup d'autres cadavres surgir des placards. Cette incertitude nourrit évidemment les prévisions des pessimistes. Les licenciements qui s'annoncent dans le secteur financier alimenteront encore les infos pendant des mois. La corporate governance s'est avérée n'être qu'un coup de pub sans contenu.
La crise politique souffre du même mal. Une ingérence du politique dans le judiciaire peut être utile à court terme pour influencer certains dossiers mais tout comme dans une entreprise, la séparation des pouvoirs est essentielle pour la démocratie. Dans notre particratie, le Parlement est mis hors jeu et de facto , le gouvernement est à la fois l'exécutif et le législatif. Si en plus, il s'immisce encore dans les décisions judiciaires, les trois pouvoirs sont réunis en un seul et la démocratie et le contrôle démocratique ne fonctionnent plus. La nouvelle culture politique n'est donc aussi qu'un coup de pub sans contenu.
La crise de prospérité obéit aux mêmes règles. Alors que la croissance économique atteignait 3 % à peine, les investisseurs cherchaient et trouvaient des rendements à deux chiffres. Jamais assez, tel était le message. Partis du principe moyenâgeux pecunia pecuniam parare non potem (l'argent ne peut pas générer de l'argent), nous sommes à présent tombés dans les excès carrément opposés. Au point de trouver crédible la communication selon laquelle il est possible de réaliser un rendement exagéré avec un minimum d'efforts et un risque limité.
Retour aux évidences
La triple crise nous montre que nous devons retourner aux valeurs de base. Une croissance durable axée sur des valeurs est préférable à des flambées temporaires. Les entrepreneurs, les investisseurs et les politiciens doivent avoir le cran d'opter pour cette voie. Si nous en sommes capables, la triple crise peut être la base de nouvelles opportunités.
Les PME qui fournissent systématiquement de bons services à leurs clients et qui, ces dernières années, ont eu des difficultés à concurrencer des offres temporaires, auront à nouveau le vent en poupe. Ce ne seront plus les conglomérats anonymes nés de la vague de fusions et acquisitions qui domineront le marché mais des entreprises bien dirigées qui respectent tous les stakeholders et qui opèrent à une échelle maîtrisable. A présent que l'illusion du capitalisme casino a vécu, il y aura plus de place pour de nouveaux produits valables qui accroîtront la qualité de vie du consommateur. Du bon café et des produits de qualité remplaceront peu à peu les produits anonymes, inodores, incolores et insipides. Les investisseurs pourront acheter des actions à des rapports coût/bénéfice dont on devait se contenter de rêver il y a six mois encore. Un petit appartement à la mer coûte déjà 25 % de moins. Même les homards n'ont jamais été si bon marché. Et le baril de brut est encore loin d'avoir atteint le cap des 300 dollars le baril, bien au contraire.
Le monde politique sera aussi forcé de se concentrer à nouveau sur les priorités du citoyen et de comprendre peu à peu que tout ce que veut ce dernier, c'est une pension valable, un pouvoir d'achat stable et un milieu de vie sûr avec un bon enseignement pour les enfants. A court terme, nous allons assister à quelques investissements publics excessifs présentés sous un déguisement écologique. Cet «écokeynesianisme» appliqué sur le long terme entraînera d'autres déficits budgétaires et entamera à terme notre compétitivité.
Au lieu de garder un traumatisme collectif de la crise financière, nous devons traduire les changements sociaux, dont la crise financière n'est qu'un symptôme, en un nouveau modèle économique. Dès lors, il règne aujourd'hui un climat idéal pour entreprendre et innover. Si le monde politique le comprend aussi, la confiance des entrepreneurs et des consommateurs pourra être rétablie à court terme et 2009 promet de devenir une année magnifique.
(*) Entre 2003 et 2006.
Source : Trends.be