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L’Europe paralysée par ses divergences

L’Europe paralysée par ses divergences

Les Vingt-Sept ont gelé, hier, le «rehaussement» de l’accord d’association avec Israël.

BRUXELLES (UE), de notre correspondant JEAN QUATREMER

Les Etats membres de l’Union sont sidérés par la violence extrême déployée par Israël à Gaza depuis quinze jours, mais ils n’envisagent pas de prendre de sanctions contre Tel-Aviv. La Commission européenne a néanmoins annoncé, hier, le gel du processus de «rehaussement» de l’accord d’association existant entre l’Etat hébreu et l’Europe, qui doit lui permettre de participer à une série de programmes communautaires, même extrêmement sensibles (comme Galileo, le GPS européen), ainsi qu’à des rencontres politiques de haut niveau. Il est vrai que la conclusion d’un tel accord en ce moment serait perçue comme un soutien à la politique israélienne. «Déjà que les Palestiniens peuvent voir les dirigeants européens faire la bise à Tzipi Livni, la chef de la diplomatie israélienne, ce n’est pas la peine d’en rajouter», ironise l’eurodéputée Véronique De Keyser (socialiste belge), qui s’est rendue, dimanche, avec une délégation du Parlement européen, dans la bande de Gaza. Hier, lors d’un débat à Strasbourg, plusieurs députés de gauche ont appelé les Vingt-Sept à suspendre l’accord d’association qui lie Israël à l’Union : «Jusqu’où doit-on aller dans la violation du droit international pour faire jouer la clause "droits de l’homme" que contient ce texte ?» s’est ainsi emportée la Française Hélène Flautre (Verts).

Partagée. «On n’en est pas là», reconnaît-on à la Commission, l’Union étant profondément divisée sur la question israélienne. Déjà, c’est une sorte de petit miracle qui a eu lieu à Paris, le 30 décembre, lorsque la présidence française a convoqué en urgence une réunion des ministres des Affaires étrangères : «La rencontre a été extrêmement tendue, avec une violence verbale réelle», raconte un diplomate. «Certains, comme la République tchèque, le Danemark, les Pays-Bas ou encore la Suède voulaient juste un communiqué condamnant le Hamas.» En face, la France, la Grèce ou encore l’Espagne ont refusé, faisant valoir qu’à tout le moins la responsabilité du conflit était partagée. «Finalement, on n’a pas parlé des responsabilités, mais, au moins, on a appelé à un cessez-le-feu immédiat», poursuit le diplomate. En 2006, les Vingt-Sept n’avaient pu se mettre d’accord sur un tel appel lors de la guerre du Liban, les Etats-Unis soutenant l’offensive israélienne contre le Hezbollah.

Reste que, depuis la réunion de Paris, Prague, qui préside désormais l’Union, n’a toujours pas jugé nécessaire de réunir à nouveau les ministres des Affaires étrangères, laissant chacun développer sa diplomatie parallèle. L’Europe, qui a su préserver son unité, est donc réduite au silence. Il est vrai que les Tchèques, pro-israéliens affirmés, ne sont pas pressés de mettre la pression sur Tel-Aviv. Ainsi, ce n’est pas un hasard si le Premier ministre tchèque, Mirek Topolánek, a refusé la proposition de Nicolas Sarkozy de l’accompagner dans la région…

Aide. Bref, comme on le reconnaît à Bruxelles, «on attend de voir ce que va faire Obama», d’autant qu’on estime que la solution passe en grande partie par l’Iran, soutien du Hamas et du Hezbollah. «On n’est pas brillant, c’est vrai, mais pas plus que le reste du monde», soupire un diplomate. «Et puis, on est les principaux fournisseurs d’aide aux Palestiniens», se console-t-il. Même si, pour l’instant, elle ne parvient plus à ses destinataires.

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